La vérité - ou presque - sur Daniel JeanRichard

En ce samedi 25 août 2018, à 14h, un attroupement d’une soixantaine de personnes se formait au pied de la statue de Daniel Jeanrichard au Locle. Que se passait-il? Du nouveau autour du père fondateur de l’horlogerie des Montagnes neuchâteloises? Pas vraiment, sinon une bonne dose de curiosité afin de remettre en mémoire les bienfaits du grand homme, et même de revoir peut-être sa fabuleuse histoire à l’aune des réflexions d’historiens contemporains.

Le groupe de curieux réunissait les amis du Musée d’horlogerie de La Chaux-de-Fonds, les amis du Château des Monts, musée d’horlogerie du Locle, et quelques amis français du Musée de la montre de Villers-le-Lac. Et le rendez-vous les invitait à la traditionnelle rencontre annuelle « A pas contés », se déroulant alternativement entre Le Locle, la Chaux-de-Fonds et la France voisine.

C’était au tour des Loclois d’accueillir et d’emmener ces curieux d’horlogerie. Après un long silence, sans événements marquants, il était temps de mettre les pas « contés » dans l’histoire de Daniel JeanRichard; au propre et au figuré puisque le parcours de marche a mené les promeneurs du Centre du Locle au Château des Monts (abritant l’une des premières montres de D.J.) en passant par la ferme familiale de Jolimont; au figuré aussi, dans les textes donc, en partant des premiers écrits louant ce précurseur sous la plume de Frédéric Samuel Ostervald dans son livre « Description des Montagnes et Vallées de la Principauté de Neuchâtel et Valangin », publié en 1766.

Tout au long du parcours, sous la conduite de Daniel JeanRichard (interprété par le comédien Philippe Vuilleumier) et d’un historien redresseur de vérités (incarné par le comédien Raymond Pouchon), les textes lus ont ravivé les diverses controverses soulevées par les historiens successifs penchés sur son établi au cours des trois siècles (et demi!) écoulés.

Parmi eux, Maurice Favre qui fut vraisemblablement l’un des plus fiables et pertinents observateurs des exploits du grand homme dans un ouvrage publié en 1991, pour le 250e anniversaire de sa mort.

Bien sûr, François Brandt, Samuel Guye, Alfred Chapuis, Aymon de Mestral, Léon Montandon ont également été cités. L’importance du travail de la dentelle, dans le processus « jeanrichardien » d’industrialisation a été magnifiquement rappelée par Evelyne Progin, dentellière actuelle. Sans oublier un clin d’oeil au tableau de  Charles Iguel, immortalisant le fondement de la légende de la montre réparée en une nuit, avec le marchand de chevaux, dans la forge de papa JeanRichard aux Bressels.

Vérité ou mythe fondateur? Survolant nombre de témoignages historiques, l’analyse et la réflexion de Laurence Marti (in « L’invention de l’horloger », 2003), apporte le recul bienvenu d’un regard contemporain.

On a bien aimé l’idée que D.J. soit considéré comme un héros national entre Guillaume Tell et Winkelried mais sans être un fier enfant des Alpes bravant l’ennemi militaire. « Je m’inscris dans l’histoire du développement économique d’une société et d’une culture nouvelles, en rupture avec le peuple des bergers. Nous ne sommes pas nombreux dans ce registre d’industriels suisses du 18e siècle» clamait Daniel JeanRichard, par la voix de Philippe Vuilleumier. 

Une autre version du mythe? Mais en 2019, quand les symboles du président de la Confédération se résument à la fondue, le cor des Alpes, le couteau suisse, les skis, la vache et un… vieux réveil, c’est confirmé: les mythes ont de l’avenir.