Balade des Monts à Villers-le-Lac, 7 septembre 2002

(Message 2003)

La marche «A Pas Contés édition 2002» relayait le Musée du Château des Monts du Locle au Musée de la Montre de Villers-le-Lac. Encore fallait-il trouver un conteur.

Français de naissance, Suisse d’adoption, historien des Brenets (ancien village bourguignon devenu suisse en 1511), Pierre Deléglise fut l’homme de la situation. Au cours des 11 km de marche, il sut tenir son auditoire en haleine sous le soleil radieux du départ puis sous les giboulées de grêle de la Caroline.

Parti à l’heure prévue, la petite troupe d’une quarantaine de marcheurs atteignit très vite le Châtelard, après avoir descendu la Combe Monterban et emprunté la route de feu le Château des Frêtes, deux maisons importantes avec vue imprenable sur le Doubs et le Val de Morteau.

La première, appelée la Capucine, fut construite en 1905 par  T. Combe (Adèle Huguenin 1856-1933), célèbre romancière locloise, qui nous laissera de nombreux écrits sur les us et coutumes de nos anciens, qu’ils soient horlogers ou «bovi». Très généreuse, T. Combe accueillit, à la fin de la guerre 14-18, des soldats français qui avaient perdu la vue.

La seconde demeure, plus ancienne et beaucoup plus vaste, appartenait à la famille Jürgensen, éminent horloger danois venu s’installer au Locle. C’est dans cette maison de Maître qu’il recevait son compatriote, le renommé conteur Andersen; c’est peut-être en regardant le val enneigé que celui-ci écrivit «La petite fille aux allumettes». Lorsque j’étais enfant, mon grand-père maternel qui était «bassotier» m’emmenait en promenade à la tour que Jules Jürgensen fit construire en 1880. Du sommet de cette tour de 13,77 m, nous avons une remarquable vue panoramique de 3600. Au pied de la tour, dans le mur, une pierre sculptée aux initiales J.J. renferme le cœur d’une jeune fille que mon pudique grand-père, vu mon jeune âge, attribuait à la fille Jürgensen. Il a fallu cette marche pour que Pierre Deléglise m’apprenne que cette tour fut érigée afin que son propriétaire puisse apercevoir sa bien-aimée qui habitait de l’autre côté du Doubs, sur France, et dont le cœur était emmuré au pied de la tour.

La marche se poursuivit par le belvédère de la Caroline et la descente sur les Goudebas, sorte de reculée naturelle jouissant d’un microclimat où l’on recense, entre autres, 70 espèces d’oiseaux et 50 sortes de fleurs et d’arbustes. Après avoir longé la Rançonnière, sans mauvaise rencontre, nous rejoignons la route nationale qui nous conduit au Musée de la Montre, où Monsieur le Maire des Villers nous accueille en termes toujours très choisis. Pour terminer cette promenade, et avant de déguster un vin du Jura «très typé Savagnin», j’ai voulu vous parler de Daniel JeanRichard, le père de l’horlogerie neuchâteloise et du Pays horloger français, car sans lui, nous serions peut-être restés à la fabrication des Indiennes, de la broderie et des dentelles. Merci donc à Daniel JeanRichard et à tous ses successeurs, qui depuis trois siècles, assurent la prospérité de notre belle région.